La Miviludes a publié le 29 septembre 2026 une version actualisée de son guide consacré aux dérives sectaires dans le domaine de la santé, réalisé avec le ministère de l’Intérieur, le ministère chargé de la Santé et les Ordres professionnels de santé.

Destiné aux professionnels, aux institutions et au grand public, ce guide apporte des repères pour identifier les situations à risque, comprendre les mécanismes d’emprise et prévenir les dérives thérapeutiques ou sectaires, notamment dans le champ des pratiques non conventionnelles en santé.

Pour les professionnels de l’hypnose, plusieurs points méritent une attention particulière.

Dérive thérapeutique et dérive sectaire : comprendre les deux notions

La Miviludes définit la dérive thérapeutique comme une pratique non conforme aux données acquises de la science, susceptible notamment d’entraîner une perte de chance lorsqu’elle conduit à l’abandon de traitements éprouvés.

Elle précise toutefois que « toute dérive thérapeutique n’est pas forcément sectaire ». Elle le devient lorsqu’elle cherche à faire adhérer la personne à une croyance ou à un nouveau mode de pensée et s’accompagne d’un mécanisme d’emprise mentale altérant sa capacité de discernement.

Plus largement, la dérive sectaire repose sur trois éléments : des techniques ou pressions instaurant une emprise et un état de sujétion psychologique ou physique, l’altération du libre arbitre et des conséquences dommageables pour la personne, son entourage ou la société.

 

Un faisceau de critères, et non un élément isolé

Pour identifier une situation susceptible de relever d’une dérive sectaire, la Miviludes raisonne à partir d’un faisceau de critères.

Le guide retient :

  • la déstabilisation et la sujétion mentales conduisant à des actions ou abstentions gravement préjudiciables et, plus généralement, à une perte d’esprit critique et d’autonomie ;
  • la rupture avec l’environnement d’origine, notamment les proches et la famille ;
  • le changement radical de comportement ;
  • le refus de l’autre et le dénigrement du monde extérieur, notamment l’absence totale d’accès aux médias ou aux moyens de communication ;
  • des conditions de vie particulièrement éprouvantes ou déstabilisantes ;
  • des méthodes de recrutement trompeuses ;
  • l’embrigadement des enfants ;
  • l’existence d’un groupe organisé sur un mode autoritaire, opaque et cloisonné, avec notamment la présence d’un dirigeant de type leader charismatique ou d’un praticien référent exclusif ;
  • de grandes difficultés, voire une impossibilité, pour un membre de quitter le groupe ;
  • les atteintes à l’intégrité physique de personnes en état de faiblesse ou d’ignorance et, plus généralement, la commission d’actes criminels ou délictueux sur des majeurs ou des mineurs ;
  • la contestation des institutions et les troubles à l’ordre public ou la menace d’atteinte à l’ordre public ;
  • la violation des règlements ou de la loi et/ou l’opacité de la gestion financière ;
  • l’importance des démêlés judiciaires ;
  • le caractère exorbitant des exigences financières ;
  • les tentatives d’infiltration des pouvoirs publics ;
  • l’offre de soins ou de médicaments douteux excluant le recours aux pratiques conventionnelles ;
  • le changement inquiétant des habitudes alimentaires ;
  • la violation des principes fondateurs de la République.

Le guide précise qu’un seul critère ne suffit pas à caractériser une dérive sectaire. C’est la combinaison de plusieurs critères qui doit conduire à la vigilance. La déstabilisation mentale est toutefois présentée par la Miviludes comme un élément toujours présent dans les situations de dérive sectaire.

Et concernant l’hypnose ?

L’hypnose est évoquée dans le guide dans différents contextes, notamment lorsqu’il est question de pratiques complémentaires pouvant être proposées au sein d’établissements sanitaires.

Dans ce cadre, la Miviludes porte notamment son attention sur les conditions d’introduction de ces pratiques, les compétences des intervenants et leur articulation avec la prise en charge médicale.

Les principes professionnels portés par le SUP-H

Les points de vigilance développés dans le guide de la Miviludes rejoignent plusieurs principes que le SUP-H porte déjà dans le cadre de la structuration et de la professionnalisation du métier d’hypnothérapeute.

Deux dimensions sont notamment essentielles : une distinction claire entre l’accompagnement par l’hypnose et l’exercice de la médecine, et la préservation de l’autonomie de la personne accompagnée.

Hypnose et exercice de la médecine : une distinction sans confusion

Pour les hypnothérapeutes qui ne sont pas par ailleurs professionnels de santé, la distinction entre accompagnement par l’hypnose et prise en charge médicale est fondamentale.

Un hypnothérapeute ne se substitue pas à un médecin. Il n’établit pas de diagnostic médical, ne réalise pas d’acte médical, ne prescrit pas de traitement et ne demande pas à une personne d’interrompre ou de modifier un traitement en cours.

Lorsqu’une situation nécessite une évaluation ou une prise en charge médicale, la personne doit être orientée vers un professionnel compétent.

Cette distinction concerne également la communication du praticien : les termes employés pour présenter son activité, son parcours, ses compétences ou les résultats pouvant être attendus ne doivent pas créer de confusion sur la nature de la prestation proposée.

Développer l’autonomie de la personne accompagnée

La question de l’emprise occupe une place centrale dans le guide de la Miviludes.

Pour le SUP-H, sa prévention rejoint un principe fondamental de la relation d’accompagnement : celle-ci doit favoriser le développement de l’autonomie de la personne, et non créer ou entretenir une dépendance à l’égard du praticien.

La personne accompagnée conserve son libre arbitre et sa capacité à prendre ses propres décisions. Elle doit pouvoir questionner l’accompagnement, l’interrompre ou consulter un autre professionnel à tout moment.

Le praticien n’a pas vocation à devenir indispensable à son client, à décider à sa place ou à l’éloigner de son entourage ou des autres professionnels qui l’accompagnent.

Cette conception rejoint un principe développé dans le champ des thérapies brèves, notamment dans les travaux de Nicholas Cummings, que le SUP-H transpose au cadre professionnel de l’hypnose :

Le client a droit à un accompagnement qui favorise son autonomie et son bien-être émotionnel, cognitif et comportemental. Le praticien veille à ce que cet accompagnement ne crée aucune dépendance et permette à la personne de ne plus avoir besoin de lui dès que possible.

Principe adapté des travaux de Nicholas Cummings sur les thérapies brèves.

Les 6 ZÉROS des HYPNOS

Ces principes se traduisent notamment dans les repères professionnels que le SUP-H porte déjà auprès des hypnothérapeutes :

0 confusion sur la nature de la prestation et les compétences du praticien
Le praticien présente clairement la nature de son accompagnement, ses compétences et ses qualifications, sans créer de confusion avec une profession ou une prise en charge relevant d’un autre champ.

0 diagnostic médical ou psychologique
Le praticien n’établit aucun diagnostic médical ou psychologique lorsqu’il ne dispose pas des qualifications professionnelles l’y autorisant.

0 acte médical
Le praticien ne réalise aucun acte relevant de l’exercice de la médecine et ne se substitue pas aux professionnels de santé.

0 retard de prise en charge médicale
Le praticien ne détourne, ne retarde ni n’interrompt une prise en charge médicale nécessaire et oriente la personne vers un professionnel compétent lorsque la situation l’exige.

0 emprise
Le praticien n’instaure aucune relation d’emprise ou de dépendance et veille à préserver l’autonomie, le libre arbitre et la capacité de décision de la personne accompagnée.

0 prescription de substance
Le praticien ne prescrit ni médicament, ni complément alimentaire, ni aucune autre substance dans le cadre de son activité d’hypnothérapeute.

Un guide qui conforte l’importance d’un cadre professionnel clair

La publication de ce guide rappelle l’importance d’un cadre professionnel clair : une pratique correctement présentée, des limites de compétences connues et respectées, une orientation vers les professionnels compétents lorsque cela est nécessaire et une relation d’accompagnement qui préserve pleinement l’autonomie de la personne.

Ces principes sont déjà au cœur du cadre professionnel porté par le SUP-H. Le guide de la Miviludes vient en rappeler toute l’importance dans la prévention des dérives thérapeutiques et sectaires.

C’est sur ces bases que le SUP-H poursuit son travail de structuration et de professionnalisation du métier d’hypnothérapeute.

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